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" Les montagnes maudites. Le Kanun. Les dettes de sang. La vendetta. Des enfants captifs. La trêve. L'honneur retrouvé. Un nom entaché par le déshonneur. Histoires tragiques d'un autre âge. Des histoires difficilement compréhensibles dans nos sociétés modernes. A seulement deux heures d'avion de Genève ou Milan, l'Albanie du Nord, bien que géographiquement proche, reste largement méconnue du reste de l'Europe. Hostile et impénétrable, principalement en raison de ses coutumes et de ses rites impitoyables. Ce n'est que lorsqu'un Albanais, fuyant ses montagnes reculées et les coutumes qu'il a violées est assassiné dans une rue d'Europe ou d' Amérique, que ce petit morceau d'Europe se rappelle à nous. "

C'est le thème d'un film de E.Dones et F. Mariani, INCHIODATO, diffusé en 2004 par la TSI.

" Les six millions d'habitants de l'Albanie et du Kosovo ne disposent à ce jour d'aucune constitution. Même après l'intervention de l'OTAN, la région " aux deux millions de kalachnikovs" est toujours déchirée par les luttes mafieuses et la corruption jusqu'au plus haut niveau de l'Etat. Les divers trafics ( armes, voitures, ....) contrôlés par les familles de Tirana ( Albanie) restent lucratifs malgré la traque perpétuelle des unités spéciales. La loi du KANUN est la seule constitution populaire partagée par la majorité des Albanais et maintient un semblant de cohésion nationale. Lekë Dukagjini, prince albanais du XV e siècle et compagnon de route du héros national Skenderberg, est reconnu pour avoir établi le KANU N. "
Lekë Dukagjini
Gjergj Skenderberg
" Vendetta ou encore " Gjakmarrja " qui signifie " la reprise du sang", les fantasmes populaires et autres légendes sont à l'origine de cet ensemble cohérent de règles. Un code archaïque transmis et affiné à travers les âges. Le Kanun regroupe plus de 500 règles qui régissent la famille, le travail, le mariage et aussi la vengeance. Il garde aujourd'hui toute son emprise en particulier dans la région montagneuse du nord de l'Albanie et jusqu'au Kosovo voisin. Le Kanun régit les us et coutumes, et les traditions. La règle fondamentale est celle de la BESSA, notion où converge la loyauté, la garantie, la fidélité et le respect de la parole donnée. Le caractère absolument contraignant de ce principe fait de toute violation du serment, la plus grave des ignominies. On retrouve dans les chansons folkloriques, où les gestes se mêlent à la parole quelques préceptes du Kanun directement cités :

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" .... la mort survient pour avoir trahi l'Hôte,
------lorsqu'il manque le pain pour servir l'Hôte,
--------la mort survient pour la foi reniée......"
" En vertu de ce mode de vie coutumier, les blessures peuvent être dédommagées financièrement selon leur gravité, mais quand la mort survient la machine s'affole. Le temps ne compte pas, le sang versé dans les Balkans ne s'efface jamais. Tout meurtrier doit assister à l'enterrement de sa victime. La famille du défunt se lance ensuite dans une véritable chasse à l'homme pour retrouver son honneur. Selon les règles énoncées du Kanun, tout meurtrier peut solliciter une trêve protrectrice de 24 h. Il peut ensuite provoquer une demande collective pour obtenir une Bessa pour une protection de 30 jours afin de trouver un arrangement avec la famille du défunt. A l'issue de ce dernier délai, le meurtrier devra se réfugier dans une tour de claustration pour éviter de mettre sa famille en danger. "

" De nos jours, la tour de claustration est devenue la prison. Même si les criminels continuent à se rendre sur la tombe de leurs victimes pour honorer les préceptes du Kanun et rechercher le repentir, ils préfèrent maintenant purger leurs peines derrière les barreaux de leurs cellules pour éviter de subir à leur tour, les foudres d'une vengeance. Tout prisonnier évadé, avant 1997, et tous les criminels recherchés voient leurs peines de prison diminuées d'un tiers s'ils décident de se livrer à la justice et de réintégrer l'univers carcéral. La prison reste la seule protection efficace contre le système de vengeance et le monde extérieur. Véritable havre de paix, chacun y purge sa peine en restant attentif aux informations que rapportent les nouveaux. Système complexe de règles héritées des traditions montagnardes, le Kanun est resté la référence juridique commune aux Albanais au-delà de tous les clivages. Aucune campagne de réconciliation n'a été entreprise par le gouvernement afin de se libérer de ce code de conduite archaïque. Le Kanun est présent dans tous les esprits. Même les membres anti-mafia ( les rasoirs), cagoulés et anonymes n'osent enfreindre ses préceptes. "

Source : Photoreportage-News.com

Roman d'Ismaïl Kadaré
sur le thème du Kanun
dans les montagnes du Rrafsh
dans le nord du pays.
Lire aussi " La Loi du Kanun " BD de Manini et Chevereau,
en 3 tomes, aux éditins Glénat.